Cependant quelques idées retiennent l'attention. Les questions centrales qui travaillent ce livre sont les suivantes: "Quelle est la proportion de nos actes dictée par les lois de l'espèce mais dont nous croyons qu'ils suivent une libre décision ?" et "Comment accroître le champ de la liberté en gagnant du terrain sur ces lois de l'espèce ?". Selon Philippe Val, la voix de l'espèce emprunterait celle de Dieu, de la Nation et de l'appartenance ethnique, justifiant la guerre, projet de l'espèce en vue de sélectionner les meilleurs afin de durer éternellement. Tandis que la justification de l'individu serait de connaître la plénitude et la liberté, notamment par la voix de la culture, de l'amitié, de l'érotisme...
Une des idées intéressantes, me semble-t-il, est celle qui veut que l'homme soit dans la nécessité, s'il veut être libre, de penser contre une part de lui-même, la part de l'espèce. Ce qui demande un effort et un travail. "Il ne faut jamais oublier que la culture, si gratifiante puisse-t-elle être, demande des efforts intellectuels, des sacrifices de certitudes, tandis que l'abandon aux instincts ne demande que de relâcher ces efforts." (p.190). On ne peut ici s'empêcher de penser que notre société qui exalte, par médias télévisuels interposés, la réussite facile, immédiate et dans le même temps moque les "intellectuels" (vision dont la majeure partie des adolescents sont aujourd'hui imprégnés), est donc une société qui fait la lie des instincts contre la culture et donc de la sélection "naturelle" contre la fraternité de tous pour chacun.
La deuxième idée fondamentale (à défaut d'être originale) du livre de Philippe Val est selon moi l'idée selon laquelle nos libertés, même celles qui nous semblent aujourd'hui les plus "naturelles", sont toujours à défendre : "Nos moindres moments de fatigue, notre sale habitude de compter sur les autres pour maintenir une situation que l'on feint de mépriser afin de ne pas avoir à s'engager pour la défendre, notre inconscience à jouir d'une liberté que l'on considère comme naturelle sont des attitudes dont nous ne mesurons pas la dangerosité." (p.230). Je suis comme lui de ceux qui pensent en effet que notre civilisation "occidentale" (pour la faire rapide) s'est endormie dans son confort et par là même a renoncé à défendre ses valeurs (liberté, démocratie, laïcité, fraternité de tous pour chacun...), que cela pourrait se révéler dramatique et laisser la place aux tenants du relativisme (l'idée que tout se vaut est une idée insupportable: la liberté ne vaut pas la servitude, la domination masculine ne vaut pas l'émancipation des femmes, le respect absolu de toutes les options spirituelles ne vaut pas leur simple tolérance, etc...). Or le relativisme, et son pendant le communautarisme, ne sont que les points d'appui qui peuvent permettre, le moment venu, de se débarrasser des "communautés" indésirables. Le communautarisme prépare (je ne dis pas qu'il y conduit obligatoirement) le génocide. Il est donc nécessaire, aujourd'hui comme toujours, de ne rien lâcher de nos valeurs fondamentales, même si cet abandon se veut être fait au nom de la préservation de la "paix" ! Il suffit de songer à l'attitude de certains politiques (Jacques Chirac notamment) au moment de "l'affaire" des caricatures de Mahomet pour se convaincre que Munich (et ses fameux accords) nous menace encore et toujours.
Enfin, il est à noter que l'on trouve à la page 203 du livre de Philippe Val un des arguments les plus limpides qu'il m'ait été donné de lire contre ceux qui entendent comparer et mesurer la traite des Noirs à la Shoah (souvent non dans le but de réhabiliter les descendants mais de relativiser le génocide des Juifs), alors que, sans nier la nature de crime à l'esclavage, leur différence de nature est manifeste et que seule la Shoah est un génocide: "Dans l'esclavage, un esclave jouant Schubert aurait vu augmenter le prix de sa vie. Dans le nazisme, cela ne change rien à la condamnation à mort du juif.".
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